YOU CALL YOURSELF A KILLER, BUT THE ONLY THING YOU'RE KILLING IS YOUR TIME

Peel slowly and see.

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Le verre brûlant du warme wijn t'essore, t'étuve, te tiédit. Le train n'arrive pas, tu fume, tu tempête, tu boucane. Le tram se tire, tu supplie piteusement, tu sprinte sous la pluie, tu l'choppe à l'arrêt suivant.
Dance Little Liar
s'ouvre, comme le rideau, sur un plateau fumigène brouillant les dégaines bêcheuses des quatre de Sheffield. Elle fournit son travail, mais ne semble pas, sur le moment, enjamber le carde de sa fonction. Décharné, fat, Alex chante, sa voix t'infilte automatiquement, à l'instar des hululements de O'Malley ou de la partie magique de la chanson, celle après le break du liar takes a lot less time numéro deux, et de ces incroyables cordes forcenées, qui crient et te sectionne avant de s'agiter plus gaillardement sur
Brianstorm qui te donne déjà une folle envie de te balader parmi les dos suintants, les Vans pressurantes, les cheveux éclaboussés. Pas le temps de goûter la beauté de la précédente, il te faut déjà te démener comme un beau diable et ruisseler en braillant avec une vigueur de supporter britannique.
La très dispensable This House Is A Circus ne sert que de transition entre deux instants pogottage en puissance, puisque Still Take You Home démarre avec la franchise qu'on lui connait, nous insuffle l'envie de gueuler qu'on attendait. Pris dans un tourbillon, nous n'avons pas le temps de nous moquer de ces étrangers qui jouent des morceaux qui ne leur seillent que trop mal. Certes, il en remanie habilement une partie customisée, mais, si le faux bronzage lui échappe encore, Alex la rockstar présomptueuse et Alexa la fancy Topshop princess nous prouve le schisme qui existe au sein du groupe. Un paradoxe dissident qui ne gêne en rien, finalement, l'expression de notre amour par la mouvance cadensée de nos corps.
Arrive I Bet You Look Good On The Dancefloor, une chanson qu'on pense ne pas aimer plus que de raison, et qui pourtant provoque un immanquable électrochoc. Sa verdeur musclée aura toujours l'efficience des plus grandes, et même si elle n'en paye pas de mine, elle s'est bel et bien inscrite dans la légende.
Dangerous Animals n'était pas des plus inoubliables. Un Potion Approaching aurait selon moi provoqué des remous bien plus astucieux et aurait été toute aussi plaisante à reprendre en choeur. Néanmoins, elle aura servi de détonnateur à
The View From The Afternoon, sur les chapeaux de roue, inendiguable, pétulente au point de se moquer des conventions et d'étrenner de nouvelles illuminations dans ses parties les plus instrumentales. Volcanique et dégourdie, tu savoure son bouillon (point d'orgue: and she won't be surpriiised) en voltigeant, en te commotionnant, en te froissant.
Sketchead était l'occasion rêvée d'échanger ses impressions à la mi-temps... A la place, ils auraient été bien mieux inspirés de nous livrer l'exclusivité de Catapult ou autre réjouissance dans le goût...
My Propeller feutre, assourdi, ouate le concert tandis que la scultpurale If You Were There, Beware envoûte, transborde, exhausse le public.
Crying Lightning, pertinement introduite, joue son rôle de single collectiviste et éclate à l'instant donné, à point, parfaitement. On ne décolle pas les yeux des gestes que l'obsédant Jamie, la bouche studieusement tordue, appose à sa machine. Elle sera suivie de l'infernale Pretty Visitors, qui, bien qu'étant loin d'être ma favorite, ancre ce qu'il faut de punk, de rap et de gothique dans la prestation.
Cornerstone la belle, Cornerstone la sublime, sera ici galvaudée par une lenteur aboulique qui aura honteusement handicapé sa douce agilité, sa fraîche béatitude... Regrettable, mais
Do Me A Favour aura vite fait de nous émouvoir, vivement, avec toute la fougue latente qui ne s'exhume que tard dans le morceau, pour notre plus grand plaisir. Transports d'émotions dolentes, déchirments lancinants, affliction piquante... Alex Turner est beau.
When The Sun Goes Down l'inouïe, oracle de notre passion simiesque, radical de notre amour primate, soubassement de notre admiration anthropoïde, nous ne l'espérions plus. Même retentissement que pour The View, bien que jamais le public n'aie chanté si fort, avec tant de coeur, et avec une foi telle que je fus parcourue des plus délicieux frissons qui soient. Je pleurerais en repensant à ces premières secondes a cappella, lui, l'Infini et nous. Sans doute l'une des réussites les plus éclatantes du rock indépendant moderne. Tous les aspects de cette chanson aveuglante sont magnifiés jusqu'à toucher à l'astral. Alex Turner est beau.
The Jeweller’s Hand jolie comme tout, mais un poil inadéquate. Elle s'écoute avec recueillement, mais la lâche intensité qu'elle pouvait avoir sur cd se dissipe et s'encourt parmi l'assemblée. Le final verbeux est néanmoins d'une grâce émouvante, grâce qui inverstira également la plage suivante:
Secret Door, tour à tour déchirante, contemplative, poignante, sentimentale... Elle fut l'une des crêtes les plus providentielles de la soirée, canonisée par un ébouriffant coup de feu aux paillettes rissolées, enchantée par les scintillements édéniques des ces étourdissants confettis, elle nous prend la main, et, désormais à deux mètres d'Alex Turner, je peux dire qu'il est beau.
Il nous fait signe, mais revient aussi vite pour un

Fluorescent Adolescent corrigé au bridge interminablement mignon. Toute l'insouciance, la désinvolture, la virtuosité de la chanson nous berce, embaume nos coeurs, souffle sur nous un vent de paix, tout ça...
Clore par 505. C'est pas aux vieux singes qu'on apprend à faire la grimace. Ils ont bien compris que nous laisser tremblottants ne pourra rendre la réminiscence de ce jour que plus magique, à nos yeux. Depuis le temps que j'attendais ce but I crumble completely when you cry, attisé par les battements graduels de mon coeur, explosé par ces lumières, halos triomphants et désolants, brisé par cette voix, cri triomphant et désolant. Zénith de la magnificience monkeysienne, je peux te dire que je n'en ai pas été moins chambardée, saccagée, éplorée que lors des premières écoutes de ce titre grandiose.
Alex Turner est beau. Alex Turner est parti. Alex Turner est éternel.

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Tas de mouchoirs humides, oreillers délavés, joues salées.
Elles ouvrent les yeux aussi grands que la bouche, elles serrent leurs gorges, regardent effroyablement le vide, fixe, puis le vide se brouille, le noir oppressent, et elles tombent.


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La parturition d'un clip vidéo est souvent un événement mineur dans le cosmos muscial.
Une fois n'est pas coutume, les facétieux Singes dérogent à la règle. Je ne devrais pas, mais je me reprends à faire du prosélytisme chevronné rendant grâce à Alexander David Turner (chanteur, auteur, compositeur, guitare, synthétiseur, tambourin) et à sa cabalisitque clique.
Car, il faut le dire, quand on peut se permettre de tourner en dérision la plus grande ballade de l'époque contemporaine, c'est qu'on frôle quelque chose de rare, voire de singulier.
C'est avec une apostolique abnégation, une vertueuse déférence que je servirai les Arctic Monkeys, et ce jusqu'à l'heure de mon trépas. J'en fais l'auguste serment.
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Une quinzaine de courts, cinq longs, un documentaire... Cette semaine de Festival du Film International et Francophone en aura retenu une poignée:
La Vie Commence est un film de treize minutes où la robustesse du scénario n'a d'égal que l'aménité de l'image. Technique, fond et esthétique qu'un Van Sant ne renierait pas, Proulx-Cloutier combine la plate mélancolie suicidaire de l'adolescence au pastel de l'image d'une banlieue anonyme. Lapidaire, chirurgical, beau. Le Québec est décidément une région on l'ont sait ce que cinéma signifie...
Donde Esta Kim Basinger raconte le périple d'Antoine, jeune cocu, jeune bettrave, jeune larve, qui traîne son dépit bon gré mal gré dans les rues de Buenos Aires. Accompagné de son frère, il écume sans conviction bars suants et maisons closes d'amateurs. Ces pitteuses approximations donnent lieu à de jolis moments cocasses, bien joués et bien écrits, mais surtout habilement mis en boîte dans un noir et blanc au superbe relief.
Le Plein d'Aventure, ou la Belgique dans ce qu'elle aime le plus: le barré. Basile, un doux morveux exploseur de poule, fait, un beau jour d'été, la rencontre de Mickey. Cet improbable personnage, qui trempe ses tartines de choco dans son thermo et s'entraîne pour le Paris-Dakar, interprêté par l'excellentissime Albert Chassagne-Baradat (la chose qui annoncait les groupes aux Ardentes), devient alors l'objet de la curiosité de la bande de sales gosses. Touchant, complètement halluciné, ce court plus dense qu'il n'y parait en aura ému plus d'un.
Je vous aurais volontiers parlé d'un court métrage français original et saissisant, qui commence par une sorte de beatboxing entre vestes de cuir, de slam urbain, et qui se finit par la carabine d'un père propret dans la tête de son fils, accidentellement, mais j'ai tout oublié de ses références...
Enfin, le prix du public, mon long préféré: La Régate. Une histoire somme toute commune: un garçon de 16 ans se fait battre par un père indigne et menaçant. Le jeune homme, passionné d'aviron, se raccorche à sa copine, à son coach portuguais et à sa pagaye comme à une bouée de sauvetage (oh-oh). La force du film ne réside donc pas dans l'exentricité de son scénar, mais dans l'interpétation désarmante des acteurs et dans la judicieuse simplicité du reste. Une jolie histoire d'amitié, d'amour, de bons sentiments, tâchée par la famille et ses troubles. Il sera dans les salles en févrirer, pourquoi ne pas y aller, donc.
Ne parlons pas du film de clôture, Non ma fille tu n'iras pas danser de Christophe Honoré, énième film de genre émminement français, c'est à dire exacerbé dans toutes ses plaintes, ses digressions, ses sanglots, se perdant en mots, en forme, en longueurs. Les acteurs, voulant leur art virevoltant et stylisé, y laissent toute la spontanéité dont les bonnes idées dialectiques pourraient pourtant accoucher. Mastroianni est hideuse, puérile, fausse. Garrel est juste insupportable. Bref, ça nous change de La Belle Personne.
"La photographie, c'est la vérité, et le cinéma, c'est vingt-quatre fois la vérité par seconde." J-L G.

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chronique posthume

DAY 1
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Après avoir pris possesion de ses pénates, retrouvé nos jeunes et perçu un lointain X-Ray Vision provenant de la main stage, les Maccabees donnaient le coup d'envoi du
Pukkelpop festival, cuvée 2009.
C'est avec peine que je me remémore le concert de
Vetiver, fait de petites chansons natures, fraîches et anodines. Des ascendants manouches, country, rockabilly percés par deux, trois solos. Leur folk se perd parfois, notamment dans la lenteur de certaines compositions telles que Boring la bien nommée, mais fini toujours par s'en sortir à la faveur de l'incontestable qualité de leur musique.
Accablées par la position sommitale d'un soleil de plomb, nous kiffons néanmoins un groupe dont on ne se lasse pas, j'ai nommé
Ghinzu, qui nous livre un set condensé, rentabilisant de façon optimale la plage horaire défavorable accordée au groupe wallon. Un très mauvais mixage de la basse aura galvaudé Cold Love, une petite brise sublimé The Dragster Wave, et John tombé ses lunettes (des réfractaires, ces rockeurs).
C'est ensuite en
Bon Iver
que l'on trouve le premier événement majeur du jour... Tout en crescendo vivaces, en ascensions retardataires, le bûcheron en bermuda du Wisconsin se plait à construire des rampes où les sons se mêlent et s'intensifient, qui font prendre à ses oeuvres un essor final du plus bel effet. For Emma Forever Ago m'avait déjà paru magnifique à la maison, mais à cet instant, J. Vernon est parvenu à me filer la chair de poule par 40°C. Avec Creature Fear comme avec Flume, on voltige au dessus d'une délicatesse à fleur de peau, sans sensiblerie. Un public conquis et connaisseur finit de rendre ce concert magnifique, en reprenant des nombreux refrains.
Restons dans une ambiance 'Amérique des grands espaces où le vent souffle dans les pins' et enchaînons gaiement avec
Port O'Brien, une délégation dont le remarquable album I Woke Up Today avait déridé mes soirées de l'hiver dernier. Don't Let Me Hesitate pêchue, contrairement au reste du set qui sonnera un peu creux, la voix du chanteur un peu moins éclatante, l'affranchissement moins tonitruant. Pas de In Vino Veritas. Fisherman's Son, ma préféré, paru effectivement plus morne qu'à la maison... Ca arrive. Ils clôturent par la plage-titre, morceau galvanisant qui a honoré sa fonction.
On change de continent, battant cette fois le bitume avec le king de LDN... Que l'on s'incline devant
Dizzee Rascal! Nous arrivons sur un Paper Planes remi à sa sauce surdosée. Dylan Kwabena Mills ne tarde pas à enbrayer sur Stand Up Tall et Dance Wiv Me. Malgré la fournaise de laquelle nous sommes prisonniers, malgré cette touffeur insupportable, nous bondissons conjointement avec toute la vigueur que nos membres liquéfiés peuvent encore livrer. Tout y passe, et cela me semble encore supérieur à son émérite prestation du Polsslag. Méchante machine à tube et à sueur, il nous balance finalement un Bonkers de magnitude maximale qui met tout la marquee d'accord. On a plus qu'à tordre nos t-shirts et nous jetter sous les robinets avant de nous diriger vers le club, où Grizzly Bear donnera l'un des concerts les plus attendus du jour.
Mais tout n'est pas si simple. En effet, il se trame quelque chose qui attise fièvreusement notre curiosité... Un "groupe surprise", dont le nom ne sera jamais dévoilé, joue au même moment, et nous force donc à abandonner les auteurs du très bon Veckatimest après deux de leurs mirifques compositions.
C'est alors qu'après avoir fendu un rideau de pluie orageuse et battante, nous apparaît distinctement la coupe brosse de Josh Homme sur grand écran.
THEM CROOKED VULTURES. La rumeur courrait, on n'osait l'entendre, voilà qui est fait; nous aurons l'exclusivité de recevoir Joshua, Dave et John machin de Led Zep, de nous délecter de leurs morceaux inédits, redoutables, distordus et virils. Tous plus interminables les uns que les autres, ils nous apparaissent grandioses, en particulier le troisème en partant de la fin. Il va sans dire que la batterie ébranle ce qui reste de nos corps, et subjugue ce qui reste de nos crânes. Et pour cause, c'est Dave Grohl qui se trouve derrière, quand même. Homme est impressionnant, sa voix frôle décidément l'excellence. Ce projet, c'est la classe royale. C'est fébrilement que j'attendrai la sortie de cet opus d'anthologie, ouais, sans aucun doute.
Retour au camping histoire de se sustenter après tant de secousses, puis, Beirut. Zach, sa grâce, sa classe et son ukulélé arrivent et ouvrent par l'une des plus belles, Postcards From Italy (qui donne lieu à des regards complices avec nos nouveaux potes transalpins) qui serpente dans les cuivres et escalade jusqu'à toucher au sublime. Malheureusement, le beau ténébreux oubliera la totalité des mes préférées, choississant d'octroyer la part du roi à la moitié circassienne de March Of The Zapotec. Qu'à cela ne tienne, les instruments sveltes et touffus forment un paysage luxuriant devant lequel on s'émeut en se balançant doucement. Nous partons au terme de l'antépénultième Nantes, (avant qu'il n'interprête sa nuit avec la pute de Marseille) car il nous faut une place de choix pour les Anges Noirs.
"Je prendrais bien un peu de Black Angels avec mon p'tit joint". Inutile, accessoire, vain. L'acide de leur musique suffit emplement à nous baigner dans un état de communication intense avec l'Esprit rusé. Directions To See A Ghost est simplement l'un de mes albums préférés, halluciné comme du Brian Jonestown Massacre, suant comme du Black Rebel Motorcycle Club, et une identité propre et tout aussi ancrée. Mais ce n'est rien à côté du live. Rien.
Pas de Prodigal Sun ni de 18 Years, dommage, mais c'est passé inapperçu.
You On The Run nous immerge d'emblée dans un magma visqueux et bouillonant, où la fumée danse, occulte, possède. Science Killer, et je tombe éperduement amoureuse de la blondinette aux yeux combustibles derrière les fûts. La jeune femme cogne, le menton haut, de toutes ses forces des rythmiques brutes et pulvérisantes avec toute la hargne que ses bras fins lui permettent.
Les volutes stupéfiantes des démoniaques musiciens nous font rouler les yeux en arrière, en communion extatique avec le brouillard sonore qui nous enveloppe. Mes doigts étreignent ma robe, ma tête m'échappe et je survole leur univers intoxiqué. Yellow Elevator. Lévitation pétrifiante, potion grisante. Les Texans s'en vont sur Rain Dance, et nous laissent en manque, la bouche ouverte, en réclamant encore.
Un sommet n'est le terme qu'en apparence.
Puis on a guinché, sur orbite, jusqu'au bout d'la night, avec les Crookers.
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DAY 2
Ou la journée qui se voulait la moins palpitante et qui s'est pourtant échiné à démontrer le contraire.
On se met en route histoire d'apercevoir la robe turquoise lamée d'Emily Haines et de vaguement taper du pied sur Help, I'm Alive et Dead Disco.
Metric, ça casse pas trois pattes à un canard, et on peut en dire autant d'Alberta Cross, sortis d'on ne sait où, ce groupe au nom confondant fait de la musique sans style, ou plutôt avec celui de n'importe qui. Ils sont fadissimes, audibles mais jamais ne décollent. D'un ennui morbide, en somme.
Nous nous rendons ensuite sur la scène metal pour y ouïr
A Place To Bury Strangers, qui eux, sont loin d'être foncièrement mauvais, une fois les bouchons enfoncés loin dans les oreilles. Très agréable, on ne distingue pas grand chose, mais nous sommes néanmoins en mesure d'apprécier.
Nous partons précipitamment car quelque chose d'autrement plus folâtre se prépare...
Plus fort que le Muppet Show; l'arrivée de
Puppetmastaz.
Sur scène, un gros parallélépipède rectange drapé de leur insigne, une douzaine de marionnettes surexitées et fugaces (pièuvres, trucs à plumes et à bec, hippopotames, espèces canines, perruques mouvantes...) , des confettis, des cotillons, des ballons de baudruche... Bref, la grosse ambiance. C'est bien simple, je suis hilare du début à la fin. Quand ils ne rappent pas rageusement, les petites bêtes sauvages lâchent des fintes et se jouent de nous, dociles perroquets réactifs. Les Allemands sortent tout de même de leur cachette le temps d'un morceau, peut-être afin de décevoir ceux qui croyaient ces animaux faits des chair et d'os. On remarque par la même occasion, non pas qu'ils ont des looks de losers blancs travestis, mais que leur flow est ahurissant, en particilier celui du p'tit chinois nerveux. Plus divertissant, tu meurs. Un excellentissime moment interactif.
Is this the future?
Les
Eagles Of Death Metal sont relativement mous du genoux deux bonnes dizaines de minutes, c'est-à-dire le temps que le public, n'y tenant plus, se dédiscipline pendant Cherry Cola et prenne fermement le concert en mains. A coup de slam, de gestes obsènes, d'arrosage généreux, la foule perd la tête et trouve the way to L.A. Vraiment très cool. Jesse Hughes, c'est quelqu'un, un fieffé roux, et probablement l'homme qui a enseigné l'art de la danse à F. D...
Cap sur le club, histoire de tuer le quart d'heure qui me sépare de Bill Callahan. C'est un groupe détestable, mondain, stylisé, en un mot hype qui évolue nonchalamment sur scène. Les
Virgins jouent depuis dix minutes et entament She's Expensive. Avec la plus grande des stupéfactions, je suis contrainte d'admettre que c'est vraiment bien foutu. Gaies et entraînantes à l'image de Fernando Pando, les chansons des snobinards new-yorkais rendent extrêmement bien en live. Envers et contre leur suffisance horripilante, j'ai une folle envie de rester, mais un grand besoin de partir.
De partir pour frapper au parvis du château, rotonde à grandins, où
Bill Callahan vient de commencer. Assise, face à lui, il capte l'attention de l'assistance en un claquement de doigts. Il lui suffit d'amorcer l'une de ses compositions pour le que silence le plus cotonneux se fasse. Dans son genre, Bill Callahan fait partie des meilleurs. Avec l'album Sometimes I Wish We Were An Eagle, il nous a prouvé qu'il se démarquait des ses nombreux collègues versants dans le lo-fi-neo-folk par des rythmiques très variées et une voix hors du commun. Prenons Sébastien Schuller. Ce qu'il fait est magnifique, il transperce la voie lactée, mais on peut raisonnablement dire que c'est chiant. Contrairement au texan ici présent, qui, quant à lui, se fend en deux pour briser la réserve de laquelle la beauté est parfois captive... On en avait vraiment le sentiment, d'être des aigles. L'atterrisage est strident, aveuglant, difficile.
Glasvegas. Sans commentaire.
Pour nous stimuler un peu, nous improvisons une sarabande enjouée et insouciante avec les
Tings Tings comme fond sonore. Great DJ, That's Not My Name, tout ça... Je ne vous fais pas un dessin.
Nous gagnons sans plus tarder la demeure de
Patrick Wolf
, qui est bien plus qu'une dragqueen. Je ne connaissais pas grand chose du bonhomme, mais j'en avais une impression plus prude et délicate. En effet, quelque part entre Chouchou et David Bowie, Patrick Wolf empoigne avec conviction tantôt sa guiatre, tantôt son micro en ondulant dans sa robe dorée. Je le retrouve un peu lorsqu'il use du violon, de très belle façon. Une sirène blonde, un mage fantaisiste, un aliéné gothique, on ne sait trop, mais quoiqu'il en soit, la démarche du garçon crie la sincérité, contrairement à ce que laissaient penser les préjugés. Il clôt par un Magic Position amélioré, touched for the very first time.
De retour au château, nous sacrons le concert de la journée :
HEALTH.
Je n'ai pas encore compris ce qui s'était passé.
Ensuite, nous faisons la java quelques temps dans la cocotte minute vaporeuse de la Boiler Room, avec
MSTRKRFT. Set sympathique, mais pas le temps de nous emballer que nous lâchons prise afin d'apercevoir Crystal Antlers.
Ah, maintenant je vois mieux ce qui est advenu de mon être pendant Health... Les Crystals Antlers tout juste les mêmes, mais avec des mélodies définies et une voix omniprésente en plus. Tout l'attrait de Health, mis à part se dévisser l'encéphale et être crédulement entraîné par le bruit, réside dans le fait que l'on se compose nous-même notre musique. L'irrégularité du tempo, l'indiscipline des instruments, l'intarissable flux de bidouillage cacophonique nous poussent à nous efforcer de trouver un fil à tout ça. Il n'est plus question de notes, de construction, d'acoustique. C'est du grabuge, de la musique expérimentale de haute volée, de l'art abstrait. Alors après, le reste paraît fadasse, forcément.
Ou pas tout-à-fait... Dans un autre genre de puissance, ce sont les
Bloody Beetroots
que nous nous en allons retrouver à la queue-leu-leu. Un set absolument atomique, salement gâché par la perte du téléphone portable de C.D. Qu'à cela ne tienne, nous dévorons jusqu'à la dernière miette de cette liesse populaire (n'évoquons pas même le climat du dance hall débordant pendant Warp) et cabriolons les bras tendus tant que faire ce peut. Right here, right now. Ils (nous) achèvent après une heure trente de cohésion folklorique en ayant le bon goût de passer Disorder, oui, Disorder.
Coup d'oeil curieux aux papys de
Kraftwerk
, qui ne recueillent visiblement pas les faveurs du public. Radioactivity. Nous retournons trois décénies en arrière, avec des néons vert fluo et des images de tetris. Je trouve ça assez impressionnant, ces quatres extra-terrestres derrière leur ordis qui émettent leur son minimaliste et unanimement révolutionnaire en plein air. Légendaires, nucléaires, ils valaient tout de même bien la peine qu'on s'y attarde un peu.

DAY 3
Ultime et pas des moindres, le troisième sera le jour des idoles.
Cette fois, nous ne nous mettons en branle que très tard, après avoir loupé les Brakes et Telepathe.
Nous assistons tout d'abord au récital des Rifles. Je les avais rapidement classés parmi Rakes, Cribs, View, Courteeners et autres sots groupes british sans nul intérêt. Ils exécutent Repeated Offender, la meilleure selon moi, et mettent une chouette ambiance dans l'assistance éparse. Peace & Quiet. Je réalise que, de vive voix, le chanteur est plus talentueux que présumé. Mais enfin, rien de renversant, très routinier, allons-nous en voir le gentil Jack Peñate.
Sa prestation m'a donné envie d'écouter son album, j'imagine que le garçon a donc atteint son but. Ce qu'il faut d'exotisme, d'enthousiasme; c'est une petite douceur benette qui glisse toute seule. Spit At Stars vivace et joyeuse. Second Minute Or Hour enjouée et zélée. On en sort pas grandi, mais si l'on était au finfond d'un gouffre dépressionnaire, on a de bonnes chances d'avoir retrouvé le sourire un instant.
Trop d'attentes pour ce concert de Deerhunter. A vrai dire, seule Never Stops m'a un peu exaltée... Peut-être eût-il fallu une salle obscure pour apprécier d'avantage...
Bien entendu, nous pouvons communément saluer la toute grande vertu de la musique, mais à aucun moment je ne l'ai surprise à grimper le long de mon dos ou à tournoyer parmi mes cellules nerveuses. Etonnament plat pour un si bon groupe, en somme.
Après cette petite déconvenue, nous ne ferons plus que larver, entendant vaguement les dégoûtants Anti-Flag et les plus dignes d'attention Dinosaur Jr. Mauvaise gestion du temps. Tant pis, après tout, c'est pour le clou de la soirée que l'on a princiaplement ramené sa fraise.
Mais aussi, mais aussi, pour 50 Cent.
Quel séisme... J'ai bien l'impression d'avoir été la seule à le percevoir de cette façon, mais ce fut de très loin le meilleur moment du jour. Car, non seulement je vivais les chansons que j'avais écoutées tout au long ma pré-adolescence, mais ce n'était pas uniquement le charismatique Curtis Jackson qui évoluait sous mes yeux ébahis, c'était bel et bien la quasi totalité de son fidèle crew! Lui, Tony Yayo et Lloyd Banks. Trio de feu. GGGGGGGGGGGG-UNIT!
Le public ne sait peut-être pas trop pourquoi il est là, où alors dans le but de brandir des pancartes toutes plus comiques les unes que les autres, mais Dieu sait s'il se laisse mener par le bout du majeur (photo) et s'il bat frénétiquement l'air de ses bras synchronisés. Quoique l'on dise sur son attitude, quoiqu'on puisse lui reprocher, c'est un mobilisateur de foule, le fifty. Ca pulse juste ce qu'il faut, on entend parfaitement sa voix suave nous demander civilement put yo mother fucking hands in da mother fucking sky. Il enchaîne à une vitesse affolante, je trépigne à chaque fois, j'en suis prosaïquement folle.
Il les fait toutes, de In Da Club à Candy Shop, de 21 Questions à Many Men, de P.I.M.P à Hate It or Love It, de Magic Stick à Disco Inferno, de I'm Supposed To Die Tonight à Just a Little Bit, en insérant même des oeuvres de collègues (The Next Episode) et en laissant ses comparses défendre leurs tubes respectifs (So Seductive et Hands Up). Jamais je n'ai vu tel condensé d'une oeuvre. Formidable.
Dernier concert avant ledit "grand moment": N.E.R.D.
Je revis à la virgule le concert de l'AB, en moins bien, en moins compact, et en beaucoup plus court.


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Back from the dead
Moment de vérité.
Préambule: Vous excuserez/condamnerez/comprendrez la tournure plus personnelle que se prépare à prendre ce sempitenel reportage. Tout d'abord car, dans la mesure où les Arctic Monkeys me sont intrinsèquement liés, je ne peux en faire autrement, et, d'autre part, en faire le récit impartial aurait encore moins d'intérêt que c'que j'fais là.
Et si je vous disais que ça faisait plus de deux ans que j'attendais cet instant? Deux longues années que je nourris un amour inconditionnel pour ce quartet de primates anthropoïdes à face nue et à membres préhensibles. Rien, ni l'évolution de leur physionomie (étirement des ramifications capillaires et amplification du volume de la chevelure, cachexie maladive du chanteur, dépigmentation cutanée tirant vers l'opalin, douteux penchants vestimentaires glorifiant tantôt la harde métalleuse, tantôt la guenille effeminée, le slim gainant, la chaînette à pendants...), ni l'évolution novatrice de la vibe émanant de leur fanfare ne m'a fait démodre de ma passion.
Certes, les Arctic Monkeys ne sont plus les mêmes. Ils ont définitivement radié leurs habitudes de banlieusards géniaux à t-shirt Adidas et à acné récalcitrante, de stoïques adolescents timorés, d'innocents prodiges, capables de pondre dix fois la mélodie du siècle, ayant eu la mauvaise idée, dès le début, d'avoir enfanté l'album parfait.
Mais là réside leur magique singularité: plutôt que de se singer, hin hin, ils tentent perpétuellement de titiller d'autres Olympe, au risque de désarçonner la populace.
Nietzsche disait que les singes étaient bien trop bons que pour que l'homme puisse descendre d'eux... C'est ce qu'on va voir...
Ou plutôt, ne rien voir. Car c'est bien ce qui est arrivé ce curieux soir d'août. Ne rien voir de la scène, ne rien voir passer, ne rien voir venir.
Avant ce concert, j'avais tâché de n'entendre que le strict minimum d'extraits d'Humbug, afin de lever de voile par moi-même, face à eux. Une riche et belle idée, théoriquement.
Pas d'effet dévastateur dans la poitrine à leur arrivée. Les circonstances inhibantes de cet été ont fini par avoir raison de moi et de ma capacité à profiter pleinement de l'instant. Trop d'anxiété, de pensées tristes et parasitaires ont gommé l'enchantement. Je me vois mal parler d'un moment auquel je n'ai pas assisté.
Une superbe setlist, ces garçons ont décidément du goût, If You Were There en troisième position, un choix tactique osé et acquérant. Tout est parfait, de l'arrivée de Still Take You Home au binôme Do Me A Favour-Secret Door, jusqu'à la conclusion, 505. Couronnement très douloureux, durant lequel je réalise (non pas qu'ils n'avaient pas fait When The Sun), mais que je fus imperméable au premier concert vécu du groupe que je préfère au monde.
Mais cette amertume, à l'heure où je vous parle, 11:16, le mardi 25 août, s'est déjà dissipée.
L'imparable raison est la suivante: j'ai écouté Humbug cette nuit après avoir réussi mes examens.
Enfin, je retrouvais ce qu'il fallait de fébrilité en appuyant sur play, enfin j'appréhendais, enfin je me réjouissais. Dans l'obscurité, face à une fenêtre ouverte à travers laquelle les éclairs rayaient le ciel, j'allais enfin voir de quoi il retournait.
My Propeller ouvre l'album avec un schéma de chanson inédit chez les quadrumanes qui n'est pas sans évoquer la profondeur de Suture Up Your Future, pour ne pas éviter les comparaisons faciles qu'engendrent la nature du producteur de l'objet. C'est néanmoins J. Ford qui se cache derrière (il n'y a pas de secret, l'homme est à la base de mes préférées) et lui insuffle tous les tréfonds qui signent l'entièreté de son travail. Les nuances opaques, les tonalités dégradées, les légertés lugubres, les finalisations ahurissantes... Crying Lightning, puit de souvenirs, single idéal, absolue cohésion de l'enchevêtrement basse/batterie/guitare, fièvre de la minute cinquante six; tout en cette réussite se démarque sans dénoter.
Nuque mobile marquant la basse de D.a.n.g.e.r.o.u.s. A.n.i.m.a.l.s., éminente et complète, circulant dans diverses ambiances l'espace de trois minutes. Et c'est un peu l'impression qui domine dans l'oeuvre de cette nouvelle espèce simienne... Une vogue tantôt haletante, tantôt ouatée qui nous transbahute ou nous dépose aux confins de mondes chastes dont le sol ne demande qu'à être rageusement piétiné, ou amoureusement foulé.
Alors celle-là! Secret Door. Une âme brave me l'avait décrite comme la meilleure de l'album, et je pense être désormais en mesure d'affirmer que je rejoinds aveuglement sa claire pensée. En véritable antidote à la frustration, elle libère les ultimes affectations désabusées par des contractions spasmatiques de diaphragme accompagnées de larmes... Exorcisée, je me retrouve. Secret Door est grande, grande. Et les mots en préfixe ex épousent pour le coup parfaitement son effarante noblesse.
Mais comme les Arctic Monkeys ne sont pas du genre à nous ménager, ils font suivre la majesté de la ballade par la brutalité domestiquée de Potion Approaching. D'abord ténue et herculéenne, elle décélère et s'attèle à exercer un envoûtement croissant, excessivement lascif, qui crée une malicieuse dichotomie qui se retrouve kidnappée dans le Far West par d'adéquats choeurs.
Suit Fire And The Thud, un peu plus terne que ce qu'on a entendu jusqu'ici, mais toujours affublée d'un climat incroyable, moite, cramé sur le tard par un Jamie pyromane et une Alison incendiaire.
La toute jolie Cornerstone semble taillée sur mesure pour la diva dandinante qui habite le corps famélique d'Alexander David Turner. Son rythme ravissant met en exergue le texte (et c'est une constante; la plume d'Alex, en plus de n'avoir jamais été aussi belle, est magnifiée par sa diction et par le tempo toujours très recherché de son chant embelli.) Déliée et impalpable, elle arrive comme une fleur à l'endroit propice, c'est-à-dire juste avant Dance Little Liar, chanson couché de soleil d'hiver, fin d'après-midi du dimanche, grave et affectée, triste et rondement menée. Ils revendiquent leur lenteur nouvelle, assumée, seyante, mais la torde néanmoins de façon originale à l'aide d'une batterie à la simplicité primitive et par une conclusion crève-coeur à la fusion instrumentale insensément radieuse.
Pretty Visitors, Space Invaders. De par sa théâralité flippante, elle renoue avec l'esprit zombie des faces-b de Brianstorm, se déclarant chaînon entre FWN et son successeur. Final soigné, très robuste, comme d'hab.
The Jeweller's Hand a la mélancolie d'une complainte grecque et il lui incombe la lourde tâche de clore de manière diffuse et brumeuse un admirable album, une fois de plus. J'équarquille les yeux, je n'en reviens pas de toucher déjà à la fin.
Peut-être moins révolutionnaire dans son genre que les deux précédents, il n'en reste pas moins une des sept merveilles du monde.
Les Arctic Monkeys sont un groupe générationnel, de ceux qui marquent leur temps d'une empreinte indélébile, n'en doutons plus.

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Eloge dohertiesque.
Que peut-on ajouter lorsque tout a déjà été dit? Compliments coîts, formules éculées, superlatifs canonisateurs...
Versons dans le pontifiant, et rendons grâce à Dieu.
A chacune de Ses alimentaires prestations, le blême démiurge ne manque jamais d'émouvoir son assistance, de la bigotte groupie à couvre-chef burlesque au raisonnable gentilhomme de 40 piges. L'amour convergent que toute cette masse d'êtres Lui porte est incoercible, et ne nécésite aucun débat.
Nous nous coagulons.
L'étendard des pubères mélomanes attendrit, subjuge, déchaîne, et tout ça avec une simple guitare. Capable tour à tour de reproduire de façon détournée l'impact d'un éblouissant Killamangiro et surtout d'un Fuck Forever gravé dans la roche, de nous vitrifier par l'infinie grâce d'un Lost Art Of Murder inespéré, de nous combler par des chansons auxquelles nous sommes viscarélement ficelés; un Don't Look Back tant escompté ou un Delivery inouï, de nous semmer dans Sa discographie perlée de poussièreux bijoux (The Man Who Would Be King, par exemple), nous confondant entre reprises de Neil Young, exclusivités bouillantes et démos de fond de tiroir, de nous faire chavirer en nous faisant la lecture de quelques vers émanant des Fleurs du Mal, mais par dessus tout, de produire ce sensationnel corollaire à tous les coups.
Le talent sans génie est peu de chose. Le génie sans talent n'est rien.

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Et la Terre, en pijama, a tremblé.
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Les Ardentes, Liège, Belgique.
Dimanche 12 juillet.
Les yeux un peu plus gros que le ventre.
Les Ardentes, cette année, c'était honnête. Toujours loin d'être vaniteux, toujours à la recherche de têtes peu communes, de saveurs exotiques et de mariages inédits.
Par l'odeur alléchés, c'est sur le quatrième et ultime jour que nous avons jetté notre dévolu. Un rien abouliques, nous ne nous décidons pas à écouter quoique ce soit avant Mulatu Astatrke & The Heliocentrics. Assis, battant du pied, les pérégrinations éthiopiennes du jazzman séduisent un temps, puis endorment inévitablement. De cuivres surmixés finiront de détourner notre attention de ces sons pourtant luxuriants et recherchés.
Nous huppons outrageusement Gabriella Cilmi, jettons un coup d'oeil amusé à une Lio (feat. Phantom) qui a le rock'n'roll battant dans les veines, pour nous retrouver face à Peter, Bjorn & John. Pop difforme dénuée de tout contraste, quelque mélodies tropicales plus digestes, mais le tout sonne très rebattu. Nous tenons jusqu'à un misérable Young Folks qui restera aussi linéaire que l'ensemble. Heureusement que la suite s'annonce autrement plus alléchante: c'est Alela Diane qui est la prochaine à se produire sur la scène intérieure. Folle amoureuse de son album de reprises en collaboration avec un groupe d'emprunt, Headless Heroes, je m'attendais à un set désorientant
porté au loin par sa voix d'ange californien. A mon grand désarroi, la belle chanteuse semblait plutôt héler des vaches transalpines en yoddleant. To Be Still ne me convainc pas. En revanche, The Rifle reste décidément un sublime et subtil morceau. Bercés par la prêtresse héllénique, on en oublie les Subways (desquels nous avons eu de transpirants échos) et nous enfuyons d'un Sharko gueulard et répulsif. Sûrs de passer un bon moment, nous nous plantons devant Cold War Kids, inévitablement excellents. Setlist en tous points semblable à celle de l'an passé, mais toujours aussi convaincante, on s'enfile à la suite Hang Me Up To Dry, Tell Me In The Morning, We Used To Vacation, Hospital Beds, pour clore avec Saint John. Les gars de la West Coast savent y faire, profonds et racés, tenus et assiégés. Gargantuesque.
Un regard pour Julien Doré; un slow, un duo avec Coeur de Pirate, une chouette chanson en anglais... J'en aurais volontiers vu d'avantage, mais je crois que je m'en remettrai.
De Supergrass nous ne connaissions pas grand chose, si ce n'est leur réputation et Alright, tout au plus. Nous les écoutons distraitement, et c'est loin d'avoir l'air mauvais. On décèle tout de même une bribe de Sunday Morning ainsi que de bonnes parties de guitare... Leur départ sonne l'abordage de la principale attraction de la journée; j'ai nommé Ghinzu.
Apparition qui provoque un bel éclat de rire, avec cette intro Star Wars, aussi surprenante que seyante. Première chanson qui, même étant inconnue au bataillon, mord et se révèle excellente, d'autant plus qu'elle laisse la main à une brochette de morceaux de choix. De l'ordre, je n'ai plus qu'un souvenir aléatoire. Néanmoins, je sais que mes préférées de Mirror Mirror y passent toutes, sauf une. Cold Love est intersidérale. Do You Read Me est grandiose. Sans parler du couplet éponyme... Gauchedroitegauchedroitegauchedroite. Même leurs récentes plages expérimentales et cléricales passent à merveille en concert (Mother Allegra). Pas de High Voltage Queen, mais une Dragster Wave cataclysmique. Le raz-de-marée galactique passé (ces trois premiers quarts d'heure étaient d'une puissance phénoménale), ils feintent un départ anticipé, mais personne n'est dupe: les représentants belges de forces obscures de l'électricité reviennent avec un rappel du tonnerre de Dieu. Blow. Puis Mine... Puis on essaye de marcher droit.

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Budapest

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J'éviterais bien de m'étendre sur l'âme slave et sa misère, sur les bienfaits des thermes qui brassent la populace, soignent les vieilles hongroises obèses impudiques et font suer les touristes en goguette, sur l'horreur des périodes sombres de l'histoire hongroise, entre nazis et soviets, sur la finesse émouvante des pendentifs, des calices et des vases Sécession du musée des Arts Décoratifs ou sur l'ennui mortel que provoquent les flamands baroques, les affreuses représentations religieuses Renaissance paneuropéennes et les oeuvres médiévales belges chez moi.
C'est en posant mes yeux sur un flyer à même le sol de la Galerie Nationale (grande et belle collection impressionniste), que je découvri avec un bonheur paroxystique qu'une exposition consacrée à Anton Corbijn était en cours au Musée des Arts Contemporains. Le lendemain, je gravis le troisième étage de ce fameux Ludwig Museum et apprécie l'immense qualité de la collection permanente qui y est proposée. Les tableaux d'artistes internationalement reconnus (Picasso, Liechtenstein, Ono...) cotôyent harmonieusement ceux de hongrois qui gagnent à être vus. Parmi les oeuvres qui ont attiré mon attention, je citerais "Revesible and interchangeable phases of motion" de Dora Maurer, la beauté informelle des intestins de vache sous glace d'Ilona Lovas, la réussite totale du mariage entre scultpure et peintrue de "La grande bacchanale noire" de Tamas, le Elvis de Warhol, l'hyperréalisme vertigineux de Estes, Close et Morley.
Une volée d'escalier, et c'est l'empereur du portrait, l'esthète du noir et blanc, le photographe attitré des légendes que je m'en vais observer. Les clichés du hollandais sont tous plus beaux les uns que les autres, à commencer par un Miles Davis horrifié au grain de peau sensible (photo), un Kurt Cobain travelo à Seattle en 95, une Kate M. masquée et mystique, un Franck Sinatra élégament accoudé au zinc d'un coquet bistrot de Palm Springs, un Ian Curtis qui fait un volte-face évocateur dans le metro londonien ou encore un gros plan de temps qui a creusé les rides des mains bénies de John Lee Hooker.
Enfin, je vous recommande Fredo Viola et son pieux "The Turn" qui ont merveilleusement accompagné mon périple. Le terme de "pop baroque", très en vogue depuis que Grizzly Bear et Fleet Foxes l'ont popularisé, n'a jamais eu autant de sens. C'est une kyrielle hallucinatoire de sons monastiques rococo et de choeurs dévots. Dépaysant.

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Il l'a aimée, pourtant, la nuit.
Avec sa bande de copains, il s'y incrivaient, s'en jouaient parfois, jusqu'à redouter l'aurore.
Ils avaient leurs petites habitudes. Carlos, il venait parler aux jeunes filles qui attendaient leurs amoureux sur les marches de la Bourse. Il leur faisait la bise, s'asseyait à côté d'elles, leur chantait un air de Dalida et leur demandait, quand même, si elles avaient pas deux euros.
Carlos, il avait pas l'oeil clair. Il avait le rire franc. Il stagnait dans la vie un verre trouble à la main. Il insistait pour t'offrir une cigarette, parce que t'es très gentille et que tu prends le temps de discuter avec lui, sans jamais en avoir peur.
Il avait une fille, Carlos. Il savait plus quel âge elle avait, mais elle s'appellait Anaïs. Il m'a dit qu'il avait rendez-vous au Ministère de la Justice le 14 juin. On verra bien. Il m'a dit aussi que son père l'avait jamais reconnu, que sa mère était morte en mars, que c'est pour ça qu'il était à la rue, Carlos.
Il m'a serré dans ses bras, j'ai refusé de lui donner mon numéro, et j'suis partie claquer 7,10 euros à l'UGC d'à côté.

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Choisir entre un clafoutis aux griottes, un crumble pomme cannelle, un gros macaron à la pistache et une tarte au chocolat amer. C'est à peu de choses près le principe des Nuits Bota.
Beirut complet, Metronomy, Phosphorescent, Akron/Family, Au Revoir Simone, Great Lake Swimmers, Telepathe, Andrew Bird ne sont-ils pas autant de cruelles tentations?
C'est pourquoi il est recommandé de ne trop consulter les synapses de nos cerveaux reptiliens, mais plutôt d'aller au devant des découvertes et des a priori favorables.
20:05 Baddies. Profondément écoeurées par l'indie dévergondé depuis cet ignoble ramassis de Hasselt, nous ne nous sommes infligées que deux chansons des anglais qui, pourtant, tenaient la dragée haute à leurs grands frères. Bien senti, expressif, intelligement emballé par une sorte d'esprit kapranosien...
Bien que loin d'être mauvais, la Rotonde nous appelle inéluctablement à les délaisser, poussées dans le dos par l'acoustique exécrable dudit Chapiteau.
20:18 The Phantom Band. Krautrock anisé, volutes rock'n'rollesques, folk déchiqueté. Peu de chant, mais quand celui-ci fend la barbe du fieffé chanteur, c'est de la country qui vient teindre les compos. Simples, elles sont néanmoins enrichies de sons variés et vraiment intéressants. Génial.
21:01 Art Brut. Voilà un groupe qui tranche l'oridinaire en fines lamelles. Un guitariste albinos évoluant de façon stupéfiante, yeux révulsés, postures épileptiques, à la manière d'un Silas possédé de la gratte. Un chanteur tortillé au bidon prépondérant, aux sourcils démesurément épais, à la prestence style Mike Skinner (relié par un fil, je me promène à ma guise dans le public, en chaussettes, pendant de longues minutes tout en slammant activement mon texte ironique.). Une bassiste punkette à la frange fushia accoutrée de bien curieuse façon. Un second guitariste au faciès niais, au cheveu hérissé, au polo délavé. Et enfin un batteur probablement échappé de I'm From Barcelona, reconnaissable à son bermuda carrelé, son front dégarni auréolé de cheveux mi-longs et ses lunettes plus qu'obsolètes.
On darde tout ce joyeux écosystème d'un oeil très amusé jusqu'à la chouette song about pop music, puis on se lasse de fléchir la rotule en rythme, cela devient fatiguant. Mouais.
22:14 Get Well Soon. Amoureuse folle de leur album, qui fut certainement l'un des plus rutilament abouti de 2008, je prends la rude décision de bouder Metric, qui jouait alors en même temps. De toute façon, on vient de croiser l'Emily Haines en ray ban blanches lèchant une glace.
Ils se postent sur une intro champêtre qui se métamorphose en Prelude, et s'attèlent à imprimer d'emblée un climat magique. Rest now weary head you will get well soon. Konstantin entamme, décidé, sur sa guitare étiquetée, la très jolie People Magazine Front Cover. Amorce planante de Listen! qui vrombi d'un plein coup, et nous lance une grande et grave mélodie au visage. Des éclats de voix, du violon, de l'accordéon, une grâce infinie, une puissance tendre. I Sold My Hands for Food So Please Feed Me nous fait léviter un long moment, le menton entre les mains, avant de décoller avec fracas et de nous happer dans une autre dimension. Une galaxie de laquelle on se n'échappe pas. Où le tonerre est fait d'interminables applaudissiments émus.
La chaleureuse You, Aurora, You, Seaside nous invite à faire un détour ibérique, dont le départ est sonné par une trompette orientalisante et dont le terme vient en même temps que l'une de mes préférées, l'atmosphérique Born Slippy. Des complaintes futuristes et diffuses nous téléscopent vers une contrée plus triste, plus grise. La détresse vient bien vite, et occasionne à deux reprises d'immenses moments, toutes guitares déployées. D'une telle splendeur, on en pleurerait... Je ne m'en remettrai que deux chansons plus tard, pour le shout baby shout baby acidulé de Hat's Missing et pour la guitare très It's a Man's World de Lost In The Mountains. Elle nous barde d'une soyeuse atonie, on se balance lentement, et on se laisse fasciner une dernière fois par cette voix. Sortant, je flotte. Je tremble. Je titube.
Rien envie d'écouter après ça, mais bon, on a payé.
23:34 Au. Complètement inintelligible, la première partie de Fleet Foxes et de Grizzly Bear se laisse écouter à genoux, les coudes vissés sur la scène. Ca foisonne, ça fourmille, ça fouille. Un véritable travail de panéonthologue surmené. Les tambourins valsent, comme les rythmes qui ne cessent de se superposer en un agréable vacarme. Voilà voilà. On aura baillé de bon coeur quoi.
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Polsslag, Grenlandshallen, Hasselt.
Une journée éprouvante s'annonce, 23 heures d'intense activité dont 13 exculsivement consacrées à la musique.
Red Light Company nous pousse à fournir notre premier effort. Insipide, banal et formaté, le groupe anglais couronne sa médiocrité par la sombre idée de balancer d'entrée de jeu Meccano, leur unique chanson potable.
L'équipe au complet, nous nous mettons en route vers les Rakes après un trop bref aperçu des Noisettes qui semblaient pourtant avoir trouvé une formule convaincante à base d'indie sauce Motown.
Le quartet londonien nous avait laissé présager un moment agréablement testostéroné au vu de Klang, leur second album, qui, bien que frugal question profondeur et recherche, pouvait se révéler d'un entraînant irrésistible en live. Quelques bons moments, dont Retreat et Open Book semblant être les seules rescapées d'une musique lobotomisée qui pompe beaucoup dans un punk suranné et imbécile estampillé union jack.
Il fallut attendre 19:45 pour que nous entendions enfin de la vraie musique, et ce grâce à Shearwater, l'une de mes plus belles découvertes de l'année écoulée. Le chanteur psalmodie des compositions taillées dans la grâce. Elles jouissent pour la plupart d'un schéma imparable: tout en retenue avant de laisser éclore brusquement l'égémonie des instruments. Pléiade d'instruments d'ailleurs maniés à la perfection, entre trompette et mandoline, clarinette et xylophone, synthé et contrebasse. Mes préférées, Rooks et Leviathan Bound se suivent, bercent et comblent. Mieux vaut-il parfois fermer les yeux; le son exhale et la perception n'en est que plus précise.
Encore flottants, ce sont les Von Bondies qui nous ramènent cruellement à la réalité. Une enfilade d'ignobles riffs têtus qu'il sera préférable de ne pas décrire d'avantage. Nous qui nous faisions une joie d'agiter furieusement nos corps sur C'mon C'mon avons déchantés à la seconde, allant jusqu'à nous asseoir pour mitrailler les pieds du public. Passons.
Stand Up Tall, Flex, Dance Wiv Me... Autant de tubes qui nous réconcillient avec les programmateurs du festival. Quand Dizzee sévit, le Graal hip hop descend entre les mains de chacun et entraîne automatiquement. Je pense définitivement que le rap est à l'époque contemporaine ce que le rock'n'roll fut aux décénies précédentes. Un véritable bonheur, brut et concis.
Les Yeah Yeah Yeah's, ou l'éclosion d'une huître. Karen O et son band ont changés de bord avec Zero, cela ne m'a pas plu du tout. Des synthés lamés néo-disco qui nappent du bon rock décharné made in NYC, c'est là un choix stratégique qui m'échappe. Cela étant, la chanteuse a visiblement de la bouteille et capte l'attention sans effort. Flanquée d'une combinaison improbable, de fard à paupière plus que turquoise et d'un amour inconsidéré pour les geysers, elle se meut, chante et susure à la perfection. Kiss Kiss. Le concert débute en trombe mais va doucement virer, faisant l'objet de baillements et de regards insistants lancés à la trotteuse de sa montre, mais pour une noble raison...
Pour la deuxième fois de ma vie, Peter Doherty se postera face à moi et chantera de sa voix d'ange.
Il commencera par un trio de chansons tirées de Grace/Wasteland. (Cela n'engage que moi, mais j'ai trouvé cet album affreusement inachevé. Une hétérogénéité infractueuse et tirée par les cheveux. Mais voilà, c'était sans compter la présence de L'individu, c'est donc une dithyrambe que je m'en vais écrire...) Seul avec Sa guitare, qu'Il manie de cet indolent génie, Il les sublime et les rend bien plus digestes, pour ne pas dire exquises. Mais ce plaisir n'est que néant face au premier choc psychique de la soirée: What A Waster. Moi qui n'osais penser raisonnablement à pareille espèce de reprise, Pete nous livrera pourtant un étourdissant florilège que je ne pourais restituer que de façon alléatoire: mythique Music When The Lights Go Out, leste Death On The Stairs, mignonne Tell The King, faramineuse Time For Heroes, galvanisante Up The Bracket, jouissive Can't Stand Me Now, et puis, immenssissime The Good Old Days.
A chacune de ces chansons d'anthologie, mon sang ne fait qu'un tour pour arriver violemment à mon coeur vultueux, tuméfié par le bonheur, qui bondit et fait frémir mes membres qui en agrippent d'autres et les étreignent, mains ou cheveux. Vous remarquez qu'il n'est nullement question de cerveau, cette fonction ayant été totalement désactivée. 'Ohlala' sera bien la seule onomatopée que je serais en mesure d'émettre. Toute lucidité est anihilée face à un tel artiste. A la cîme de notre estime, on Le divinise pour Ses dons de musicien, Sa voix, Sa maîtrise, Ses défauts, Sa gentillesse. Comme à son habitude, Il s'enquit de notre humeur et du bon déroulement de notre journée, offre un chapeau qui n'est pas le Sien, boit des whisky coca dosés, nous conte Ses pérégrinations.
D'aucuns s'en sentiront outrés et m'accuseront de félonie, mais Pete est les Libertines (si bien qu'en nous remémorant l'instant, nous parlerons de Lui à la troisième personne du pluriel...). Il revisite les morceaux sans en égarer aucunement l'identité. Toutefois, l'urgence qui leur fut propre s'éclipse au profit de délicieuses révérences acoustiques.
Inoubliables, ces moments libertins vertigineux ne font néanmoins pas ombre au point final, Albion, douce, émouvante et cruelle.
Il est parti.
Affalés, nous regardons tous les cinq amoureusement le vide...
"On peut mourir maintenant?"

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Une pulsion immodérée et irraisonnée. Une effroyable frustration de n'aller admirer Antony à Bozar. Une décompression méritée suite à sept jours de labeur acharné... Voilà ce qui m'a conduit au Domino Festival de l'AB en ce soir de lundi sacré.
Il y avait tout au plus vingt personnes dans la salle quand les trois jolis garçons de Woods se mirent en action.
Rarement l'écho esseulé des baguettes d'un batteur ne s'était fait si vibrant, mais qu'à cela ne tienne; les américains nous proposent un set absolument sublime, se promenant entre folk psychédélique et grunge à relents blues, arpentant des paysages que seules des chansons comme Flume de Bon Iver avaient pu essquisser, dévalant, prestes, le périlleux chemin du quart d'heure instrumental ou du couinement mélodique. Totalement amoureuse. Courrez les écouter, c'est un ordre.
Une poignée de minutes plus tard, nous accueillons Grampall Jookabox, qui m'était jusque là entièrement étranger. Deux batteries, des caisses, des fils, des boutons, un baladeur. L'énergumène porte une lampe torche autour du front ainsi qu'à ses poignets, a la pantomime d'un Young Jeezy et la chemise d'un Josh Homme. Indépendement de l'avis général, je ne m'emballerai que bien tard pour le son tribal de celui qui ne sautera pas moins de deux fois dans le public. Les samples accrocheurs des moments les plus intelligibles parviendront tout de même à bien me faire kiffer.
Alors comme ça je voulais me frotter aux papes de l'elektronishe musik, ok, on y va.
Durant tout le concert, The Notwist ne cessera de jouer à cache-cache, masquant les mélodies au profit de beats electro, faisant rejaillir leurs débuts de hardrockeux par dessus des moments de douceur naïve (Boneless, Pick Up The phone, Here In This World). Arnachés comme des DJ's amateurs de Wii, ils nous livrent une prestation éthérée au son parfait où ils vagabondent sans jamais s'égarer. On se souviendra longtemps de la nouvelle dimension qu'auront pris Gloomy Planets ou Neon Golden en live. On ferme les yeux, non pas tant par ennui que par besoin de lévitation. Du flottement. Ce concert fut un long flottement. Car, finalement, écouter ces Bavarois impressionnistes, c'est un peu comme essayer d'emprisonner un nuage...

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J'adhère à l'esprit Girls In Hawaii. La joyeuse nostalgie, la mélancolie souriante, tout ça... Jamais un groupe n'aura manié l'oxymore si habilement.
La première partie de ce DVD retrace la frange estivale de la tournée paneuropéenne du groupe. Les Girls ont écumé le globe, nous donnant ainsi tout le loisir de juger de leur virtuosité en live. Autant dire que je ne m'en suis pas privée; quatre fois en trois mois, et pour chacune d'entre elles un souvenir particulier...
Quand elles prennent la route, elles baillent, fument, admirent les lumières des villes sur le toit du bus, font bronzette, s'échangent leurs pulls, exécutent d'étonantes acrobaties dans les escalators, jouent aux xylophone, se musclent, s'adonnent au football sur des aires d'autoroutes, se fouettent avec des essuies, dorment le bonnet enfoncé jusqu'au yeux, discutent meufs ou géogrpahie, grimpent aux arbres, se font acclamer quand elles pissent...
Le tout dans cette curieuse léthargie toute contrastée... Quand le soleil brille, ce n'est jamais que derrière un voile de brume. Lorsque l'on aperçoit des usines, c'est de la poésie qui s'échappe des cheminées... Ces paradoxes typiquement belges les définissent bien. Ce sont des romantiques, au sens primaire, et insuffle cet esprit dans tout ce qu'ils touchent.
TWO
Le second volet est composé d'un florilège de leur meilleures prestations de l'année écoulée... Nous ne pourrons qu'admirer les nouvelles facettes de titres ciselés, taillés à l'aide d'un contrebasse et de verres en cristal. Subjuguant pendant un Catwalk délié ou un This Farm... psyché aussi aplani qu'angoissant, ce Bota apporte décidément aux artistes plus qu'une bonne acoustique. L'AB aura aussi son lot d'instants de délice, en noir et blanc, avec davantage de verve. Seul ce vague concert de Verviers aura fait pâle figure,  avec cependant de jolis tons pastels de la camera ou un Flavor de derièrre les fagots.

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Claire et moi, mécènes du rock'n'roll belge, avons décidé de nous répartir les tâches. J'investis dans le film des hawaiennes, elle se charge du dernier opus des suffisants crooners du vingt et unième siècle. C'est donc avec une poignée de jours de retard que je découvre ce missile sanguinaire que nous tropillent les cinq de Ghinzu. Branle bas de combat au plat pays...
Il y en a pour tout les goûts dans l'inouï Mirror Mirror.
Un coup d'envoi incendiaire en Cold Love, affolé affolant, afflubé d'une superbe mélodie à la guitare recouverte goulûement de batterie et basse on ne peut plus copieuses.
Une petite chanson positive, paisible et digérée, Take It Easy marche au pas.
Mother Allegra, un psaume au microphone qui annonce cet éponyme morceau d'heavymetaldisco à se mordre violemment les lèvres: Mirror Mirror. Alors celle-là, elle est pachidermique. Autant dire que je ne ré-pon-drai plus de moi en le 19 juillet, il faudra m'exorciser la sphinge démoniaque découlant du génie de celui qui a composé une telle tuerie.
L'intermède ecclésiastique Dream Maker ancre un peu plus l'album dans un monde parallèle et colporte la prophétie de la suivante, The End Of The World, effectivement apocalyptique. Un tube à la batterie très Chet Baker, au refrain paradisiaque, voire émouvant.
La balade dépressive This Light devance l'urgence de This War is Silent qui devient carrément luxurieuse à partir de la troisième minute et prend progressivement son envol pour clore en apothéose totale.
Je t'attendrai, un ovni francophone à accent dalidesque, fait poindre un sourire un coin à chaque écoute et tranche intelligement avant que la comminatoire Birds in my Head ne nous anesthésie.
Prosaïque Kill The Surfers qui se vautre un tantinet, et entraîne malheureusement l'équilibre de l'album dans sa chute.
Viens enfin Interstellar Orgy, incantation instrumentale rondement menée, qui, comme tout bon tutélaire, replace le tout sous bons auspices.
Un appétissant petit carnage.

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180309

romeo___juliet6

Deux jours après un Espion(s) limpide, attrayant mais effroyablement convenu, je me rendai enflée d'espoir à l'avant-première de The Burning Plain, premier essai derrière la caméra d'un scènariste que l'on ne présente désormais plus: Guillermo Arriaga, complice de l'écrasant Inarritu (Amours Chiennes, 21 Grammes, Babel... Ou trois des meilleurs films qu'il m'ait été offert de voir.) Autant dire que mon exaltation était à la mesure de l'aventure. Tant et si bien que je m'étais pointée audit cinéma une semaine à l'avance, mais cela ne relève plus que de mon écervellement évaporé et pour le moins risible.

Venons-en aux faits. La formule de l'escamoteur est primitive: chorale dramatique, frise preste, addition salée, jongelerie écartelée, puzzle méandrique. L'homme sait pertinement qu'il lui incombe maintenat deux labeurs de taille: soudure et incarnation.
Pour le premier, Arriaga et ses solides antécédents ont honteusement stagné, s'appuiant trop lourdement sur les caractéristiques qui rendaient ses premières réalisations uniques. L'intrigue, inévitablement sublime, échoue néanmoins dans une faille temporelle abîssale. En effet, l'unique audace de l'auteur fut d'étendre son discours sur de nombreuses années, écart qu'il ne réussit à représenter que difficilement. Bien dans son sillage, le manque de risques pris sera l'échec notoire de cet élève brillant mais prévisible. Je déplorerais seulement une cohésion un peu bancale, un sens de l'image moins bouleversant qu'auparavant, une verve un peu éteinte; ces trois facteurs ayant plus que probablement été insufflé par le grand Inarritu, qui n'a pas son pareil pour magnifier les émotions, particulièrement les plus pénibles.
La seconde tâche, il la réalise avec brio en faisant appel à une Charlize Theron hyper consistante et franchement convaincante. Rarement le crayon humide et coulant n'aura embué de si canonissime façon le visage d'une femme. Quant à Kim Basinger, ses rôles antérieurs repoussants ne laissaient pas supposer la tremblottante sensibilité de l'actrice. Un exellent casting, en somme.
Après une fin en queue de poisson et en jeux de regards bienséants, il fallu attendre le générique (quelle musique!) pour sortir les mouchoirs, affreusement triste de voir se terminer un si joli film. Loin d'être une pâle copie, loin d'être déconfite de déception, l'évidence se rend à nous: l'union fait la force.
L'image n'a strictement rien à faire là, mais bien mal avisé celui qui s'en plaindra.

Posté par Classic Reeboks à 06:11 PM - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

130309

Lasagnes de poisson, mages, Thierry Hazard et pailles roses dans la gordy

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La lacérante Come On Home entame les hostilités de bien belle façon. Bourrasque funky aux accents de complainte, elle laisse présager le meilleur...
Do You Want To? Da da la da da la la la laoh fut l'unanime réponse. Du quatrième rang, notre athlétique team est reléguée au milieu droit de la salle, retient son souffle et ne répond plus d'elle. Autant dire que nos hommes suent déjà leur maxi menu.
Emoustillante No You Girls, terrible avec ses exquis relents eighties. Ces hérétiques écossais connaissent les rouages, ils sont concis, avant-gardistes et maîtrisent leur sujet sur le bout des doigts.
Une de mes préférées, The Dark Of The Matinee, dont nous scandons la basse avec joie, provoquerait presque une émotion palpable/briquets quand Alex est on BBC2 now... Mais c'était sans compter cet imparable refrain des plus succulents Yes it's easy now, yes it's easy nooow. Find me and follow me through corridors, refectories [...] qui en un vif éclat, emballa nos coeurs, délia notre raison.
Vient Twilight Omens, l'exellente bizarrerie disco synthétique, furieusement assortie à la chemise soyeuse et kapranesque s'humidifiant de minutes en minutes.
C'est alors que l'on aperçoit l'oeil du cyclône... Un trio ébouriffant d'impétuosité, à peine tubesquissime, tout juste vertigineux:
Walk Away, anthique délicieuse dissonnance, schizophrénie rythimque typique de FF, Everest des charts, il n'en faudrait pas plus pour nous combler, mais trop tard. Some say you're trouble boy just because you like to destroy. Sortons les brancards, The Fallen est sur le point de nous guillotiner. On en peut plus, on sue notre sang, on s'égosille tout en vaquant, meurtits mais béats, d'une aisselle de mancunien à une autre. Succède alors l'icône Take Me Out... Nous y sommes. L'Olympe de notre pré-puberté, elle est la première chanson indie que j'ai réellement surkiffé. Haut sommet symbolique. Sauts coordonnés, voix synchonisées, plénitude partagée. Atrocement bon. Ca, c'est fait.
On se remet vite fait les synapses en place en roulant des hanches sur Turn It On puis ce sont les timides accords de 40′ qui s'amènent furtivement. On fredonne. Alex ne s'en lasse pas et le fait savoir en souriant de bon coeur et en redemandant.
Calme plat, l'intro de Bite Hard apaise les esprits un court instant avant que ne retentissent les bip bip à la Soft Cell et les solos extraterrestres exécutés derrière la tête-les doigts dans le nez par un Kapranos stupéfiant.
Le ténébreux Michael à la guitare si envoûtante laisse place à l'étrange, au déphasé, au lancinant, à l'irrégulier Ulysses qui dégaine les armes et nous perce le sternum par son arythmie addictive tandis que Lucid Dreams se prépare à retentir puissament dans nos gorges, déjà étonnament bien accoutumées à ce Tonight: Franz Ferdinand. On prend inopinément conscience que l'on a parfaitement digérer l'album, massivement représenté sur la setlist, n'ayant à aucun moment rechigné à en entendre un titre.
Après la très entraînante What She Came For à haut potentiel fédérateur, Outsiders nous coupe judicieusement dans notre élan en jouant davatage la carte psyché intrumentale, produisant une intelligente oxymore avec This Fire ou le coup de poignard félon. Les FF comettent là leur ultime tuerie, battant à mort cette malheureuse batterie, accablées par les bâtons de Paul, Bob, Nick et Alex, ce dernier n'hésitant plus à se jetter sur nous tête la première. Incendiaire prestation.
Ce concert était un génocide lapidaire, dansant, génial.

Posté par Classic Reeboks à 07:38 PM - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

010309

Tout commence par un Aaaaaah déchirant émi par Eileen, une charmante octogénaire amatrice des illustres Crash, vagues interprêtes de Should I Stay Or Should I Go.
On fait alors connaissance avec cette dragueuse invétérée et ses deux potes, Joe et Lenny. Ils forment, comme ils disent, le gang des Trois Mousqueraires et fendent la route avec entrain à bord de leur bolide. C'est Lenny qui conduit; c'est lui qui voit le mieux.

Young@Heart, c'est un film surprenant, un documentaire édifiant relatant l'existence débridée de cette joyeuse bande de p'tits vieux aux coeurs de rockeurs. Jalonné par des moments savoureux, des mimiques proprement hilarantes, des cris de fausset, de charmants défauts de prononciations, d'attachantes arythmies et faussetés, il nous insère au sein de l'élaboration de la tournée de cette chorale atypique.
Nous faisons notre entrée dans un univers où les doubles foyers côtoyent Purple Haze, où les baxters flirent avec Sonic Youth et les semelles orthopédiques battent le sol sur I Feel Good.
Claire et moi y sommes allées avec la ferme intention de nous payer une bonne tranche. Les trailers aussi barrés qu'alléchants laissaient présager un moment cocasse.
Mais nous sommes arrivées à un constat unanime; c'était bien plus que cela.
Young@Heart est une fable sur le temps qui passe, illustrée par des vieillards qui transcendent leur âge en s'assemblant, en chantant, en parcourant l'Amérique jusque dans ses plus sordides prisons fédérales, allant arracher les larmes des détenus aux gros bras croisés. Et ils ne seront pas leurs seuls à être émus par l'inénarable troupe... Je n'écouterai plus jamais Fix You sans que les larmes ne brouille mes yeux. C'est Fred, ce colossal bonhomme greffé à sa bombonne d'oxygène qui l'a interprêtée de sa voix quasi céleste en clôture de spectacle, rendant hommage à Bob et Joe, que Dieu aura décidé de rappeller à ses côtés avant le terme de la tournée. C'est une chose inéluctable ici rendue au plus près, sans pathos, et vécue avec une grande dignité par les chanteurs restants. La persévérance et la solidarité sont les véritables valeurs défendues sans lieux communs par le film de Stephen Walker. Affolant de justesse, de tendresse, Young@Heart est un film chaleureux qui nous réconcilie avec le temps qui file...

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Notons par ailleurs que j'aime passionément et de façon définitive le couple Penn/Hirsh, surtout quand celui-ci copule sous l'oeil d'un Van Sant inspiré, se délestant de ses esquisses adolescentes, cîmes de son oeuvre expérimentale. Ici, il épate par sa puissante concision et confère à son film des dimensions surprenantes, frisant les sommets, par moment. Sans parler de Penn, simplement l'un des meilleurs acteurs dont nous avons la chance d'être des contemporains... Mais ça, c'est une autre histoire.

Posté par Classic Reeboks à 11:45 PM - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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