140310

Cette semaine, à deux reprises j'ai eu envie de crier au génie en sortant de salles obscures. Ca tombe assez bien dans la mesure où je ne vis que pour des semaines où j'ai envie de crier au génie, au sortir de salles obscures, et par deux fois si possible.
L'élégance était le dénominateur communs de ces deux miracles de distinction.
La première éclata dans la grandiloquence.
Alors que mon ticket de concert volait au vent, (voilà ce que c'est de gambader guillerette avec le précieux sésame dans la poche arrière de son jeans) une première partie au nom déconcertant, Musée Mécanique, commençait à diffuser dans l'AB Club ses doux rayons lo-fi dont seuls les gens de Portland ont le secret. Rien de sorcier, pourtant... Des chansons fluides, mignonnes et appétissantes, quoiqu'un peu veules. Exactement ce qu'il nous fallait, en somme.
Car Dieu sait si le jeudi 11 mars devait encore en avoir sous la pédale...
Vexations, le nouvel album de Get Well Soon, n'avait, pour ainsi dire, rien d'enthousiasmant. Non qu'il fusse mauvais! mais Konstantin, cette fois, n'a pas été traversé par la foudre qui l'avait atteint auparavant. Il s'est déplorablement reposé sur ses dons congénitaux sans chercher à les sublimer. Mais ce n'est pas avec l'intention de le huer que je suis allée le voir...
Le spectacle commence tel que le ferait un conte; des passeraux sifflotent comme à l'orée d'un bois, une voix nous narre l'histoire d'une fillette, et le groupe arrive. Bon. Mouais.
Fort heureusement, nous savons à qui nous avons affaire: devant nous se posent les maîtres de l'emphase instrumentale, les doges du crescendo sonore, les césars de la pompe amplifiée. On peut penser à Beirut, par le côté Renaissance, l'esprit bohème, la passion de l'orphéon et de l'orchestre slave, si on veut vraiment, parce que Get Well Soon, c'est plutôt une dizaine de Beirut. Quand les choeurs se font entendre, quand trompettes ou violons retentissent, c'est toujours avec une force décuplée. Toute la beauté de ce genre musical se peut être décelée dans les cheveux du chanteur. De parfaitement gominés, peignés à l'ancienne, comme enduits d'encre pétrole, ils se gorgent de saine sueur et tombent par mèches dans les yeux opalins du cireux Konstantin, assiégé par la portée de sa musique. Pas de Born Slippy, mais I Sold my Hands for Food sonne à nouveau le retentissement d'autrefois. Je ne flancherai pas sous le poids du grandiose deux fois, mais il est des artistes dont on ne se lasse pas.
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La seconde brilla quant à elle par sa discrétion.
A Single Man est un film tiré à quatre épingles. Et pas seulement parce que Tom Ford en est le réalisateur! (...)
Facteur par ailleurs excissivement exaspérant dans un premier temps, car, malgré nous, nous ne nous préoccupons que trop du choix des boutons de manchette, de la coupe cintrée des vestons et du pointu des cols immaculés. On s'attend sottement à ce que le réalisateur privilégie la forme. Vrai, mais elle n'était sculptée que pour servir la profondeur insondable d'une histoire à la mentalité dentelée et soucieuse. Un tragédien fracassant. Un travail sur les couleurs à couper le souffle. Une sensualité barbellée. Un écrin à sentiments. Des seconds rôles abêtissants. Un discernement hors pair des soubreceaux de l'âme d'un homme... Qui inspire une ultime fois toute la beauté d'un monde qui l'aura irrémédiablement fêlé.
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Posté par Classic Reeboks à 09:26 PM - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Cette semaine, à deux reprises j'ai eu envie de

    Je savais pas trop ce que GWS allait donner en live, mais j'ai été époustouflée. Honnêtement, ce Konstantin là est capable de grandes choses.
    Quand à A Single Man, je crois que ça faisait bien longtemps que je n'avais pas vu un film aussi beau visuellement parlant. Et puis Julianne Moore quoi.

    Posté par Pebble, 050410 à 03:09 PM | | Répondre
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